Lettre de l’APARECO adressée à Sa Majesté le Roi Philippe, Roi des Belges

Palais Royal, rue Brederode, 16
1000 Bruxelles

Concerne : L’opportunité de votre visite en RDC en juin 2022.

Sire, 

L’opinion congolaise s’interroge sur l’opportunité de votre voyage en République Démocratique du Congo en ce mois de juin mais n’en trouve pas. Les raisons présentées, notamment celle de continuer avec le travail de mémoire sur la période coloniale, ne convainquent pas.

Permettez-nous de vous rappeler que si les deux autres tentatives de visite avaient échouées, c’était parce que, côté gouvernement congolais, on avait laissé entendre à la population que la situation en Ukraine comme la crise provoquée en Europe par cette situation étaient les causes principales de ces reports.

Or, à moins qu’on descende d’une autre planète, rien n’a changé depuis cette déclaration du gouvernement congolais. La crise provoquée par la guerre en Ukraine s’est accrue et la guerre n’est pas prête à finir. Pouvez-vous nous dire où se trouve la vérité ?

Vu que les raisons avancées persistent et que vous décidez quand-même de voyager, c’est qu’il y a bien une autre raison. Et c’est cette raison-là qui pousse l’APARECO à se poser un certain nombre de questions. Êtes-vous en phase avec le gouvernement belge, qui a toutes les données sur la mal gouvernance qui caractérise la gestion de la chose publique sous Félix Tshilombo Tshisekedi ? N’auriez-vous pas connaissance de la guerre que mènent à la RDC, dans la partie Est de son territoire, le Rwanda de Paul Kagame et l’Ouganda de Yoweri Museveni soit par des milices qu’ils se sont créées, soit par les troupes de leurs armées régulières ? Le souverain belge ne peut pas ne pas le savoir, estimons-nous. 

Ce sont là les vrais enjeux pour lesquels les Congolais auraient voulu vous voir vous impliquer. 

Si la “descente aux enfers “ de la RDC et les souffrances des Congolais se poursuivent en s’amplifiant jusqu’au jour d’aujourd’hui, c’est aussi du fait de l’attitude adoptée par la Belgique officielle. En effet, alors que la Belgique connaissait le vainqueur de l’élection présidentielle de 2018 en RDC, à l’instar de la France et de toute l’Union Européenne qui ont dénoncé le hold-up qui s’opérait, elle a choisi, elle aussi de

cautionner et d’accompagner cette forfaiture aux conséquences désastreuses et multiples aujourd’hui constatées : pillages accélérés et amplifiés de ressources minières et autres, politiques de dépeuplement des populations autochtones de l’Est du pays du fait des complicités de certaines autorités politiques, militaires et coutumières du pays avec les pays agresseurs et leur remplacement par des populations du Rwanda principalement, déplacement des limites frontalières, tueries de masses, etc. 

Pourtant, s’il y avait de la volonté, la Belgique aiderait à les résoudre. 

Le constat établi est que la Belgique ne s’est jamais inscrite dans le projet de voir la RDC s’émanciper et grandir. 

Historiquement, dans la période post-Mobutu, lorsque le Congo se trouve en conflit avec un autre pays, prenons le cas du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, la position de la Belgique a toujours été de se ranger derrière les ennemis du Congo qui ne rêvent que de sa partition voire sa disparition. Nostalgie du Congo-Belge, de l’Union Minière du Katanga, de la Sécession katangaise orchestrée par la même Belgique ? On ne serait pas loin de le penser. Car les velléités d’hier et celles d’aujourd’hui via le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi voire le Kenya semblent se rejoindre. Cela se fait et les Congolais le regardent indignés. 

Par ailleurs, à une année de la tenue des élections présidentielle et législative en RDC, la Belgique veut-elle indiquer aux Congolais qu’elle a choisi celui qui aura son soutien ? Si tel est le cas, sachez dès aujourd’hui, sire, que votre entreprise échouera par la ferme détermination des Congolais qui ne sont plus disposés à se laisser dicter le choix de leurs dirigeants. 

Les Congolais pensent que votre rôle se situe à un autre niveau d’action. Vous seriez tellement plus utile pour votre pays et le nôtre dans la recherche et l’implémentation des solutions durables, si pas définitives, des questions hautement importantes de tracée des frontières de l’Est de la RDC, de l’arrêt de la participation aux pillages des minerais et autres ressources par les compagnies belges, de la lutte contre la corruption et la fin de la mal gouvernance en RDC. 

Fait à Bruxelles, le 6 juin 2022.

Clovis MBIKAY

Vice-président National

Rue Berthelot, 7

1190 Bruxelles

 

 

Lettre-adressee-au-Roi-des-Belges-pour-sa-visite-en-RDC

Facebook Comments
Comments are closed