Emmanuel Macron à Kigali: Une nouvelle relation franco-rwandaise au parfum de complot contre la RD Congo

Les scènes qui se sont jouées devant nous, d’abord à Paris les 17 et 18 mai 2021, puis dix jours plus tard à Kigali les 27 et 28, sont à peine imaginables. Au-delà de la volonté de la France et du Rwanda d’améliorer leurs relations ternies depuis le génocide rwandais de 1994, que cache l’idylle affichée entre Macron et Kagame ? La France est-elle toujours ce pays que nous avons jadis connu, ce pays qui était à l’avant-garde des luttes pour la promotion de la justice, les droits et libertés, la paix entre les nations, l’intangibilité des frontières et que sais-je encore; et qui surtout se dressait contre les dictateurs ?  

Nous sommes en droit d’en douter à présent, rien qu’en observant les incohérences dans les politiques mises en place par ses dirigeants, notamment pour l’Afrique, depuis au moins une décennie. Selon ses convenances, la France est autant capable d’exiger le respect des règles de démocratie, comme c’est le cas pour le Mali ; et au même moment, devant d’autres pays comme le Tchad, s’accommoder d’une succession dynastique du pouvoir, au mépris de la constitution de ce pays. Bien plus, avec Emmanuel Macron, la France s’amourache ostensiblement des plus grands dictateurs du continent, à l’instar de Paul Kagame avec son catalogue de crimes commis au Congo, sans que cela n’émeuve apparemment l’opinion française !  

C’est pourquoi, pour les Congolais, la visite que vient d’effectuer Emmanuel Macron au Rwanda a quelque chose d’intrigant, lorsque l’on met en perspective tous les événements de ces dernières années, lesquels se sont accélérés au cours des derniers mois. « Quand on a été mordu par un serpent, on a peur même d’une corde », dit un proverbe africain.  

Lors de la récente conférence pour l’Afrique tenue les 17 et 18 avril 2021 à Paris, l’on notait déjà une complicité entre les deux hommes, qui évoquaient le réchauffement des relations entre leurs deux pays, pour lesquels s’ouvre une “nouvelle ère de coopération”. Cette coopération, disaient-ils, serait diplomatique, culturelle et surtout économique. C’est ce qui vient de se concrétiser à Kigali.  

Mais auparavant, le terrain avait été minutieusement préparé. En 2019, pour le sommet du G7 tenu à Biarritz, en France, des présidents africains y avaient été invités dont Paul Kagame, à l’instigation d’Emmanuel Macron. Ensuite, madame Louise Mushikiwabo fut désignée, à la surprise générale, Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) avec le soutien fort et ostensible du président français, alors que la Canadienne Michaëlle Jean qui se représentait pour la deuxième fois en était la favorite. Enfin, il y eut la commission d’historiens créée par Emmanuel Macron le 5 avril 2019 et dirigée par Vincent Duclert, qui reçut pour mission d’ouvrir et étudier les archives de l’Etat français de la période 1990-1994 concernant le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda. Son rapport final remis au président Macron conclut aux “responsabilités lourdes et accablantes de la France et à l’aveuglement du président Mitterrand et de son entourage face à la dérive raciste et génocidaire du gouvernement hutu que soutenait alors Paris”.  

En suivant ce cheminement, on comprend mieux ce qui vient de se passer à Kigali. C’est l’aboutissement d’un travail qui a été effectué méthodiquement ; et Kagame n’a pas caché son plaisir : « Cette visite parle du futur, pas du passé. La France et le Rwanda vont beaucoup améliorer leurs relations au bénéfice de nos deux peuples, économiquement, politiquement et dans le domaine de la culture… mais la relation entre nos deux pays ne sera jamais totalement conventionnelle. Il y a une familiarité particulière qui résulte de la terrible et complexe histoire que nous partageons, pour le meilleur et pour le pire… ». En clair, la France sera désormais l’avocate du Rwanda dans des forums tels que le G7 et autres ; et parlera pour lui. 

S’agissant de leur coopération économique, nous nous interrogeons sur ce que gagnera la France en contrepartie de ses apports financiers et en équipements. Seraient-ce les minerais qu’exporte le Rwanda ? Dieu a dû refaire son monde à l’insu des Congolais pour que, subitement, dans cette partie du globe appelée “région des Grands Lacs africains”, les terres du Rwanda regorgent de minerais qui, en réalité, ne se trouvent qu’en RD Congo. Voici deux décennies déjà que le Rwanda est devenu un grand exportateur de minerais stratégiques comme le coltan et le cobalt, alors qu’il est de notoriété publique que seule la RD Congo en détient d’énormes réserves mondiales (80% pour le coltan). Mais aussi étrange que cela puisse paraître, elle n’en vend que des quantités insignifiantes.  

Pour dire les choses telles qu’elles sont, les minerais et d’autres richesses de la RD Congo sont pillés par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et d’autres pays, avec le soutien des multinationales qui en tirent les meilleurs profits, au détriment du Congo lui-même.  

Voilà pourquoi tout ce qui se passe au Rwanda doit intéresser les Congolais. La planète entière sait que le Rwanda est un tout petit pays, et pauvre par-dessus tout. Mais grâce aux énormes ressources pillées au Congo, Paul Kagame est parvenu à se payer les services d’un Tony Blair et, à sa suite, d’un Nicolas Sarkozy comme conseillers. Nul n’a oublié le discours que ce dernier a tenu à Paris en janvier 2009 : « (…) Cela met en cause la place, la question de l’avenir du Rwanda avec lequel la France a repris son dialogue, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose le problème de la République Démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières. Il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un dialogue structurel : comment, dans cette partie du monde, on partage l’espace, on partage les richesses, et qu’on accepte de comprendre que la géographie a ses lois, que les pays changent rarement d’adresse et qu’il faut apprendre à vivre les uns à côté des autres. »  

Avec un tel précédent, comment ne pas voir ce qui se trame ? Qu’est-ce qui a attiré Blair et Sarkozy au Rwanda ? Et Macron n’est-il pas en train de parachever ce que Sarkozy avait commencé ? Comment sont-ils payés en retour ? 

Ce complot se monte à la barbe des autorités congolaises, qui ne se doutent de rien, elles qui, les premières, devaient chercher à en comprendre les enjeux pour le déjouer. De toutes manières, rien de bon ne peut être attendu de leur part, préoccupées qu’elles sont par des postes et l’enrichissement personnel.  

Nous rappelons à monsieur Macron que Français et Congolais n’ont pas besoin d’intermédiaires pour nouer des relations de coopération qui profitent à leurs deux pays. Pour accéder aux minerais du Congo, c’est avec les Congolais qu’il faut négocier. 

Par conséquent, nous appelons tous les patriotes résistants congolais à se mobiliser et s’organiser pour un soulèvement populaire qu’appelait de tous ses vœux Feu Honoré Ngbanda, Président National de l’APARECO, seule voie pour chasser le pouvoir d’occupation et détruire le système de prédation mis en place par Paul Kagame et ses commanditaires pour piller les richesses de notre pays. Ils ne peuvent compter sur Félix Tshilombo Tshisekedi qui se trouve sous les bottes des ennemis du Congo.  

Fait à Paris, le 31 mai 2021. 

Paulin Lomena 

Secrétaire Général Adjoint 

 

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